Aventure

Essence/ciel

En faisant le bilan de ce mois passé dans cet appartement, j’ai vraiment pris conscience de ce qui est essentiel pour moi. De tout ce qui était absent, j’ai pu sentir ce à quoi j’aspire vraiment.

Je suis au 3ème étage et j’ai vraiment la sensation d’être déconnectée de la terre. Je souhaite la voir par la fenêtre, que mes pieds puissent atteindre la terre par le regard au travers de la vitre ou franchir le pas et marcher au contact de l’herbe, du sol. Cette terre me porte, j’ai besoin de sentir son contact sous mes pieds, mon ancrage. J’ai tant de reconnaissance de tout ce qu’elle nous offre, terre mère nourricière, que je désire sa proximité.

L’autre jour, une amie me partageait qu’elle avait besoin d’avoir une vue dégagée, avec toutes les montagnes au loin. Alors que mon champ de vision est en ce moment peu étendu, je constate qu’il en est de même pour moi, j’ai envie d’un horizon ouvert sur le ciel et les lointains, pour me ramener à qui je suis, l’espace, la vastitude et le silence.

Voir la terre et l’espace, c’est aussi relier la matière et l’immatérialité, c’est relier mon corps, mon humanité et mon essence.

J’ai manqué des rayons du soleil pour venir réchauffer la pièce, l’éclairer de toute sa lumière, et cela a confirmé, et je le savais tellement déjà, la nécessité de cette lumière dans ma vie. Cette lumière qui m’appelle et qui m’accompagne tout au long de mon chemin, dans mes toiles, dans mes écrits, elle s’immisce, elle me guide. Et c’était aussi l’occasion d’aller la trouver à l’intérieur de moi et ne pas seulement la chercher à l’extérieur…

J’ai pu percevoir aussi combien la qualité de l’eau venait me toucher. Il est vrai qu’à Guingamp, il m’était impossible de la boire, tant le goût était prononcé et ici, elle me semble si calcaire ou est-ce le traitement chimique qui intervient, assez incompréhensible en montagne… ou bien encore les conduites vieillissantes. Toujours est-il qu’en la faisant chauffer, je retrouve plein de petits dépôts blancs… Toutes ces dernières années j’ai eu la chance aux Crozets de boire une eau de source et cet été encore, nous allions très souvent chercher l’eau à la fontaine, et donc je suis sensible à cette qualité. Et j’ai envie de retrouver une eau pure et claire, agréable à boire.

En partageant un moment au coin du feu avec deux personnes, j’ai senti aussi combien c’est bon de m’hypnotiser devant la danse des flammes, de sentir la chaleur du feu (alors qu’ici la température est plutôt limite…) et contacter cette chaleur humaine dans une douceur et une simplicité, où l’on ne cherche pas à être plus ou moins, juste être. L’appel de ce feu et tout ce qu’il implique aussi de douceur et de chaleureuse présence est fort.

Je n’ai eu que peu de contact durant toute cette période, ce qui était un souhait pour me retrouver et reprendre pieds. Toutefois j’ai constaté que lors de la dépose en silence que je pratique régulièrement tous les soirs sur internet (https://urlz.fr/gxEV), ce partage avec ces deux ou trois personnes vient mettre un baume de douceur dans ces journées solitaires. Et au fil des jours, j’ai vraiment pris conscience de la valeur de ces moments simples où nait quelque chose de plus qu’une méditation seule avec soi, le fait d’être ensemble, même les yeux fermés, il y a quelque chose qui passe de l’un à l’autre, une chaleureuse présence, une reliance, et cela même au-delà de l’écran de l’ordinateur.

Et donc par l’absence de ce que j’ai vécu ces quelques semaines, et par toute cette vie dans ces montagnes depuis le printemps, en connexion directe et intime avec la nature me montrent, avec une plus grande acuité encore, ce qui est essence/ciel pour moi, me sentir relier au Vivant, aux éléments : la terre, la montagne, l’espace, l’air, le feu, l’eau, la lumière et la chaleur humaine. Et c’est, je crois, ce qui s’appelle VIVRE tout simplement.

En prenant ce recul, je peux goûter la saveur de la vie, sans me laisser envahir par toute l’incertitude de l’avenir qui par moment me prend toute la tête et me fait passer à côté de l’essentiel, même si cette anxiété peut tout à fait être légitime à certains instants. Alors je rêve de juste savourer minute après minute à ce qui est là et me délecter de ce nectar.

J’ai marché sur ces chemins encore et encore, l’œil aux aguets d’une lumière, des teintes, des nuances, de l’immensité, de la beauté, mes pieds sur l’herbe, les cailloux, le rocher, je me suis enivrée d’air et de soleil. C’est là qu’est ma maison !

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